Jeudi 21 janvier 2010
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Mi humain, mi tortue, que fait donc cette étrange créature au milieu d’un jardin ? Un jardin ? Et pourquoi pas ? Il est vrai qu‘il serait aussi bien à sa place dans l’océan dont d’ailleurs il vient peut-être d’émerger comme semble en témoigner sa peau –que dis-je ? sa cuirasse - d’un noir moiré encore luisant d’humidité …
Debout, bras tendus en avant dans un geste accueillant, il
(ou elle, mais peu importe), nous sourit d’un large et blanc
sourire
édenté, ses yeux verts aimablement pointés au-delà de nous .
Audelà…mais où ? Vers un temps reculé ? Une contrée
enfouie, enfuie au fond des âges ? Mr Darwin, please, aidez
- nous !
Pour l’heure, en tous cas, homotortus semble fort apprécier les beautés terrestres et célestes de son environnement actuel. C’est ainsi que certaines des larges écailles de sa carapace ont pris sur son torse la nuance éclatante
du soleil et que le vert chlorophyllien de nos jardins mêlé
à l’azur du ciel parsème son dos de très jolie
façon.
Pour autant est-ce à dire qu’il a renié la » mer » patrie dont
il est visiblement issu ? Bien sûr que non ! En attestent
justement ces mêmes écailles disposées en quinconce comme
des vagues qui se chevauchent et dont quelques unes ont même
conservé la couleur marine .
Vraiment ce personnage se plaît à nous intriguer malgré son
naïf chapeau coquettement surmonté d’une superbe rose, en
hommage peut-être au fleuron de nos jardins… Mais il est à
noter que cet aspect bon enfant est aussitôt contredit par
son surprenant profil de vieux sage méditatif
. Oui, ce nouveau venu est bien mystérieux. Car sachez-le :
il a un
secret. Un secret bien gardé, camouflé au fond de lui-même
mais qu’il consent à révéler uniquement à ceux qui
l’abordent avec respect. C’est justement la faveur qu’il
nous accorde aujourd’hui en acceptant de s’ouvrir à
nous.
Or, en l’occurrence il s’agit bel et bien d’une « ouverture ».
En effet, observez attentivement son abdomen : vous y
découvrirez les deux volets d’une sorte de placard
miniature. Ouvrez-les doucement. Et alors ?
Là se tapit son moi intime en un petit abri bien clos où, le soir, quand brillent
les étoiles, ilrentre en lui-même pour retrouver son univers
premier : la mer. Il se déleste alors de son chapeau et
s’installe pour contempler le grand large tout proche. Il est de retour chez lui.
Loin de tous, il se grise du ressac des vagues et de leur odeur iodée après avoir
porté aux
lèvres de son coeur les coquillages qui l’attendaient, posés sur le sable soyeux
… Le rivage est là, tout près…
Refermons sans bruit les battants de ce nid maritime. Et jouons le jeu avec notre
hôte.
Considérons-le comme l’un des nôtres. Cela nous sera d’autant plus facile que
nous savons
obscurément que nous partageons avec lui les mêmes anciennes, très, très
anciennes origines aquatiques. N’est-ce pas Mr Darwin
?
Annie Saunière pour Natacha
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